Un auteur de pièces courtes du théâtre contemporain en France : Stéphane Thiers

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Des vies après l’étape mannequin

Pièce éducative en un acte court

Distribution : deux femmes

Que vivre quand on fut un mannequin vedette ? On est qui, on est quoi à quarante ans ?
Ce que l’on a voulu ? L’aisance et la notoriété sont des buts ou des moyens ?
 photo du théâtre et affiche

Deux personnages :
Une brune et une blonde, la quarantaine resplendissante, ex-mannequins, conversent. Rencontre fortuite ou rendez-vous ? Pièce meublée avec soin et goût qui peut être le salon d’un hôtel ou un salon officiel.

Ma première lectrice a osé demander si ces personnages étaient une projection de Carla B et Claudia S !

Acte 1


La belle blonde : - ... Tu sais qu’il mettait la principauté à mes pieds. Et son père était d’accord.
La belle brune : - Je t’avais encouragée à refuser. On connaissait son passé. Tu en aurais souffert, de ses besoins... sentimentaux. Mais quand même, aujourd’hui que je suis première dame, quelle rencontre au sommet ça aurait donné !
La belle blonde : - Je t’avoue avoir été surprise de ton accord. Surtout en repensant à la manière dont tu méprisais ce milieu.
La belle brune : - A cette époque, première dame, jamais je ne l’aurais imaginé. Même compagne de ministre. Seuls m’intéressaient les acteurs et les rochers... oh le lapsus !... les rockers !
La belle blonde : - Alors, pourquoi ? comment s’est déroulée ta métamorphose mentale ?
La belle brune : - C’est une évolution finalement logique : les rockers et les acteurs sont de perpétuels inquiets. Ils te rendent la vie impossible. Ils pensent tous détenir l’originalité la plus exceptionnelle. Ils ne sont qu’adolescents attardés, assez ridicules même. On s’en lasse ! Toi aussi tu t’en es lassée !
La belle blonde : - Très rapidement même !
La belle brune : - Alors que les politiques ont une force, ils savent entraîner. Même à moins de 20% d’opinion favorable dans les sondages, ils restent persuadés d’être l’homme qu’il faut à ce pays. Ils m’épatent !
La belle blonde : - Et c’est ce qui te plaît ?
La belle brune : - A notre âge, nous avons fait le tour des hommes. On ne nous bluffe plus avec quelques belles phrases et des diamants de dix carats. On regarde de haut ces dragueurs d’aéroports et réceptions, on les laisse aux petites donzelles déstabilisées par trois galanteries et de vagues promesses.
La belle blonde : - Le syndrome Ariane de Belle du Seigneur !

La belle brune : - J’ignorais que cela porta ce nom ! Je le replacerais ! Les rêveurs en public, on sait comment ils se comportent en privé, passés les premiers jours d’euphorie de leur nouvelle conquête. J’avais besoin d’un homme sur lequel m’appuyer, m’appuyer vraiment.
La belle blonde : - Tu semblais heureuse, pourtant, avec ton philosophe.
La belle brune : - Oui... Je l’ai été... Mais il me manquait quelque chose... le public je crois. Avant lui je m’étais enfermée 24 heures, volets fermés et portable éteint, et j’avais pris ma décision : ce serait un philosophe ou un politique. Mais j’avais encore besoin d’un vrai public. Donc ensuite ce fut une décision évidente. Sa proposition est vraiment tombée à pic.
La belle blonde : - Tu en as quand même été surprise et flattée ?
La belle brune : - Naturellement, sa proposition n’est pas venue par hasard ! Les hommes sont de grands enfants : ils pensent toujours qu’on leur dit oui alors que c’est nous qui les avons choisis.
La belle blonde : - Donc la version officielle est légèrement différente de la réalité ?
La belle brune : - Comme toujours !
La belle blonde : - Raconte !
La belle brune : - Il m’a invitée au restaurant quand un ami discret et efficace le lui a suggéré. Je ne t’en dirai pas plus... il te suffit de regarder les récentes nominations pour deviner le nom de ce cher ami.
La belle blonde : - Je t’avoue avoir imaginé un scénario de ce genre quand la nouvelle m’est parvenue par canal ex-mannequins !
La belle brune : - ça reste entre nous, naturellement. Le peuple a besoin d’une version officielle où le souverain est souverain même en amour !
La belle blonde : - Et maintenant ?
La belle brune : - Je souhaite vieillir aux côtés de mon mari.
La belle blonde : - Vraiment !
La belle brune : - Parfaitement ! Et toi ?
La belle blonde : - Je souhaite vieillir aux côtés de mon mari.
La belle brune : - C’est vrai !?
La belle blonde : - Bin oui, je suis bien comme jamais.
La belle brune : - ça me fait plaisir de le savoir, je te pensais déprimée, on ne te voit plus dans les médias.
La belle blonde : - Pourquoi me montrerais-je ?
La belle brune : - ça ne te manque pas, la montée d’adrénaline, les unes, sentir les vibrations, les désirs ?
La belle blonde : - C’est peut-être là, notre grande différence...
La belle brune : - Là, où ?
La belle blonde : - Tu es née riche et moi pauvre, même si je ne manquais de rien.
La belle brune : - Et alors ?
La belle blonde : - Je suis devenue mannequin quand on me l’a proposé. Puis j’ai vu que ça me permettait de m’en sortir, d’avoir une autre vie, plus intéressante que la banale à laquelle je semblais condamnée en naissant loin de tout.
La belle brune : - Alors que moi, je dois rester la fille de riches à laquelle on a tout donné.
La belle blonde : - Toi, ce fut un choix. Et tu avais une famille pour t’encadrer, alors que j’ai dû me blinder.
La belle brune : - Tu réécris la lutte des classes ?
La belle blonde : - Les philosophes, plutôt que de les prendre à mon bras, je les ai préférés dans ma tête.
La belle brune : - Tu veux être désagréable ? Moi aussi j’ai lu.
La belle blonde : - Je sais. Mais pour moi ce fut vital. Toute ma carrière, j’étais sur la corde raide. Si j’étais tombée, il n’y aurait eu personne pour me soutenir et me laisser un peu de repos sur un lit douillet.
La belle brune : - Tu crois que tout fut facile pour moi ?
La belle blonde : - C’est difficile pour tout le monde. Mais tu vois bien qu’à 40 ans, nous n’avons plus du tout les mêmes envies.
La belle brune : - Mais si : finir notre vie avec l’homme qui nous plaît.
La belle blonde : - Mais tu avais besoin d’un homme qui te maintienne dans la lumière alors que je cherchais l’ombre, pour aller au cœur des choses.
La belle brune : - Je ne suis pas d’accord avec toi. J’aime être première dame du pays mais un mandat me suffirait amplement. Nous avons d’autres choses à faire ensuite.
La belle blonde : - Mais oui : une fondation mondiale, des conférences, un tour du monde avec naturellement des escales humanitaires... et un jour il sera candidat à la présidence de l’Europe, monsieur ton mari.
La belle brune : - Ne va pas lui souffler cela ! Il pourrait y penser plus souvent qu’en se rasant !
La belle blonde : - Tu sais, ce n’est pas une critique, c’est juste un constat : nous ne recherchons plus les mêmes choses et je vois que tu as trouvé ce que tu cherchais, c’est bien, et tu es resplendissante.
La belle brune : - Merci... toi aussi... pourtant je crois que nous cherchons à peu près la même chose, comme à vingt-cinq ans : à ne pas nous ennuyer, à bouger pour oublier que l’on va mourir, même nous.
La belle blonde : - Je l’ai cherché. Mais je suis ailleurs. J’ai compris... qu’on nous donne la vie à une condition : il faudra la quitter.
La belle brune : - Et ça ne te scandalise plus ?
La belle blonde : - Avoir peur de mourir, c’est refuser la vie telle qu’elle est.
La belle brune : - Tu es devenue croyante ?
La belle blonde : - Je ne me pose pas la question ! Qu’un Dieu existe ou non, ça ne me concerne pas ! Même en suivant tous les raisonnements, j’en suis arrivée à comprendre que soit la mort sera la fin totale, donc il me faut vivre la vie au présent, ou soit quelque chose survivra, et alors il faut vivre la vie au présent car même les religieux ne prétendent pas que le corps survive. Dans cet hypothétique autrement, il sera toujours temps d’y penser, si ça arrive !
La belle brune : - Mais vivre pour préparer son au-delà ?
La belle blonde : - Je ne me pose pas de questions auxquelles je ne peux pas répondre.
La belle brune : - Tu sais, la mort de mes proches reste ma plus grande blessure.
La belle blonde : - J’ai aussi ces blessures. Mais elles ne saignent plus. J’ai accepté notre condition humaine.
La belle brune : - Tu étudies alors.
La belle blonde : - Oui, la philosophie antique m’a beaucoup éclairée, même au sujet des religions. J’ai observé comment elles sont nées.
La belle brune : - Tu as beaucoup changé.
La belle blonde : - Merci.
La belle brune : - Tu ne crois pas que beaucoup changer, c’est se renier.
La belle blonde : - Il ne faut pas s’excuser de s’être trompé. Nous naissons dans l’ignorance et devons apprendre. Cela ne se fait pas sans erreur.
La belle brune : - Pourquoi tu n’animes pas des shows philosophiques, tu ferais un buzz énorme !
La belle blonde : - La philosophie, ce n’est pas montrer que l’on philosophe, c’est philosopher vraiment, donc vivre en phase avec ses pensées.
La belle brune : - Tu m’excuseras, j’ai une obligation. Il faudra qu’on approfondisse le sujet. J’ai vraiment été très heureuse de te revoir.
La belle blonde : - Moi aussi et embrasse ton mari.
La belle brune : - Toi aussi.

Elles se lèvent, s’embrassent et sortent par les portes opposées.



Stéphane Thiers
Post Scriptum :

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Auteur de Théâtre contemporain : Ecrivain de théâtre.

Parfois auteur de théâtre pour la jeunesse.
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Stéphane


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-- du 05 octobre 2014 à 18 : 29
par agnès : C'est bien difficile d'être auteur de théâtre pour la jeunesse en France... de réussir à être payé de ses droits... Courage cher collègue...